ARTISTE PLASTICIENNE

LES GRISAILLES ROSES

Le titre de cette série exclusivement peinte à l'acrylique gris et rose, fait référence au terme "grisaille" employé en peinture pour désigner une ébauche effectuée avec deux couleurs, l'une claire, l'autre sombre et qui présente des objets superposés blancs, ainsi que la connotation chagrine et morose de ce même terme.

 

Le travail part d'images peintes ou photographiques déjà présentent dans l'inconscient collectif et pouvant appartenir à diverses époques. Je cherche comment les faire interagir les unes avec les autres en transformant ou non leurs échelles, en leur donnant une nouvelle picturalité. Je les "triture", les affronte pour qu'elles deviennent des "variations libres", qu'elles aient une nouvelle cohérence, émancipées de leur existence initiale. Ainsi, l' Agnus déi de Zurbaran côtoit la Botte d' asperge de Manet, Ils sont là touts deux ligotés, sauf que ce n'est plus ni l'un ni l'autre.

 

Ce n'est pas du "collage" peint, plutôt une tentative pour créer une peinture hybride qui pose la question de comment peindre "encore" aujourd'hui une image devenue quasiment invisible par excès de visibilité ? En grisaille rose, en gris optimiste, sans excès mais non sans humour. Je m'atèle à fabriquer des mises en comparaison supportées par une peinture qui doit dire tout autant son pouvoir d'illusion que son pouvoir organique. Car je m'interesse autant à l'image qu'à la picturalité. En somme je travaille à partir de reliques et tente par le biais de l'imaginaire et du pinceau "défibrilateur" de les réanimer, dans la contemporanéité quitte à froler l'irrévérence.

 

L'objectif étant de faire du contemporain intemporel. Faire cohéxister deux temporalités différentes au sein de la même toile qui devient faire-part de deuil de l'image côté gris, faire-part de naissance d'une nouvelle image côté rose, le tout mort-vivant, occasionnant un court-circuit temporel chez le spectateur et c'est précisément ce mouvement qui m'importe. L'intérêt réside en ce déséquilibre qui génère un nouvel équilibre.

 

Parfois je me représente au sein d'une composition comme dans l'Auto-portrait dans la baignoire, ou l'Auto-portrait en radeau de la méduse c'est encore une manière de "ramener" l'image ici et maintenant, puisque moi j'y suis... Je prends plaisir à vivre à mon époque et par le biais du second degré et même d' un certain culot, je me plais à moduler et transformer le message initial des images cultes de notre monde, de les court-circuiter par leur coexistence dans la grisaille rose afin qu'elles deviennent mes images, mes bouteilles à la mer...